Poésie, pensées, nouvelles...
20 Mars 2016
Mais rassure-toi, petite fille trop grande, le cahier suivant t'attend déjà, je ne suis pas prête à te laisser mourir, je t'aime un peu, vois-tu, tu es celle qui m'a un jour fait croire à la grandeur de l'homme, et fait ressentir la joie douce-amère de l'absolu. Tu m'abandonnes, je te regrette, mais ce n'est pas à toi que j'en veux. Cette obscure entité que j'appelle moi se prête plutôt bien à tous les reproches. Elle est la structure, la contrainte, le maître d'orchestre qui t'abrite et te dirige, toi, Claire, Espérance, Carlie, Ondine, les autres, les pleurs, l'esprit, le corps. L'humeur. Moi, c'est ce donné, cet immonde arbitraire qui ne saurait répondre à la raison, un inconscient peut-être, qui m'assaille des images sombres, des imaginations morbides ou par trop vivantes, des pensées-litanies.
Je les entends encore : les chiens, le vent, le ruisseau où elle se jette. C'est, je crois, la Guerre d'Eliane, qui me fournit cette image qui, comme toutes les autres, ne m'appartient pas. Est-ce là une théorie du moi ? En réalité, qu'importe, j'ai la curiosité gâtée, la connaissance blasée, depuis longtemps les « je-m'en-fous » sont la réponse simple à apporter aux moments où l'on devrait devenir autre, et grand, et vrai, tous ces termes grandiloquents que je hais par préjugés, d'une haine aussi commune qu'eux-mêmes.