Poésie, pensées, nouvelles...
24 Juin 2015
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Bon en tout, excellent nulle part. Le drame de sa vie. Aucun potentiel de héros tragique. Aucun potentiel de romantisme. Il en aurait rêvé, pourtant. Être pauvre pour avoir de l'envergure. Être effroyablement malheureux pour accéder au statut de maudit. Se saboter en permanence pour ne pas vivre comme une personne moyenne. Médiocre. Facile.
Et pourtant le monde lui avait longtemps dit qu'il était exceptionnel. Très intelligent. Brillant. Relativement beau. Mais ce genre de performance ne permettait en aucun cas de rester. Dans l'histoire. D'être reconnu. Il ne voulait pas d'une petite vie. Ne voulait pas être fonctionnaire quelque part. Il voulait briller. Marquer. Le suicide avait toujours été une option. Partir en beauté. Marquer.
Mais la vie lui avait montré que l'exceptionnel lui demeurerait inatteignable. Il avait pensé pouvoir devenir écrivain. Devenir quelqu'un, un artiste, reconnu, laissant quelque chose derrière lui. Puis, étudiant Hannah Arendt, la survie de l’œuvre d'art, en laquelle il avait toujours cru, s'était évanouie. Plus rien, plus d'envie, plus d'inspiration. Plus de brillance. Dans ses études, croiser des gens bien plus brillants, qui eux même disparaîtraient dans le néant. Même ceux qui avaient d'ores et déjà laissés des œuvres derrière eux. Parce qu'elles disparaîtraient, parce qu'elles n'avaient aucune importance, ni maintenant ni jamais.
Alors il n'eut plus rien.
Alors il n'eut plus rien.
Pourquoi continuer à vivre quand rien n'est réel ? Quand on sait à l'avance que notre vie n'aura pas d'importance, ni de réalité ?
Il n'eut plus rien.
Il se réveilla un jour d'été. Études terminées, sans qu'il les ait vues passer. Sans qu'il s'en soit soucié. Sans qu'elles lui aient apporté une quelconque réponse.
Le travail. Un emploi sans intérêt. Vivre, assurer la vie, la survie d'un système auquel il ne croyait pas. Assurer les rouages bureaucratiques d'un système absurde.
Il se réveilla un jour d'été. Vacance. Comment savoir si on étudie encore, si on travaille, quand rien n'a d'importance ?
Il se réveilla un jour d'été. Cancer. Fin absurde qui vient couronner une vie absurde. Cancer. Mourir de l'échec de son propre corps, quoique le corps ne soit qu'une coque vide et sans réalité. Esprit se délitant, dégénérescence. Le corps effaçant l'esprit, âme absurde. Vacance. Dans le soleil, vacance. Et mourir. Chaleur du dernier soupir, lumière rouge derrière les paupières fermées pour ne pas voir l'absurdité du système palliatif qui fait survivre un monde sans sens.
Il était incapable de savoir son âge.
Il se réveilla un jour d'été. Une dernière fois. Dans la chaleur de la morphine et de l'été, dans la chaleur factice de l'infirmière trop habituée à voir les gens mourir.
En automne il ne se réveilla plus.